Archive for février, 2013

L’Inde déclare la guerre aux industries pharmaceutiques

L’Inde déclare la guerre aux industries pharmaceutiques

La pilule a du mal à passer pour l’entreprise pharmaceutique allemande Bayer. L’Inde va pouvoir fabriquer la version générique de l’un de ses médicaments. Le 9 mars 2012, les pouvoirs publics indiens ont pour la première fois émis une licence obligatoire sur l’un des produits brevetés par le géant de la chimie.

Cette mesure exceptionnelle permet aux pouvoirs publics d’un pays d’autoriser la fabrication et l’importation de la version générique d’un médicament pendant 20 ans. Elle est appliquée lorsque la santé publique d’un pays est menacée par le prix trop élevé d’un médicament, sans que les entreprises propriétaires du brevet puissent s’y opposer.

Et c’est là tout le problème pour Bayer. Cette dernière fabrique et vend en Inde le tosylate de sorafénib. Plus connu sous le nom de Nevaxar, ce médicament contre le cancer du foi se négocie à prix d’or: 4320 euros pour un traitement mensuel, alors que sa version générique ne coûte que « 133 euros par mois, soit une réduction de prix de 97% », explique la délégation suisse de l’organisation Médecins sans frontières (MSF).

Ce n’est pas la première fois que l’Inde s’attaque aux lobbies pharmaceutiques, les « Big Pharma ». Les autorités indiennes sont en procès depuis six ans avec Novartis. Le groupe suisse tente de breveter un médicament contre la leucémie myéloïde chronique vendu 2000 euros par mois, tout en interdisant la vente de son générique, qui se vend 154 euros seulement.

Instaurée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la licence obligatoire est prévue depuis 1995 par l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touche au commerce (ADPIC).

> Lire l’article de la revue Le Journal du Sida, publication du Groupe SOS

20 février 2013 at 17:28 1 commentaire

Entretien avec l’un des pionniers de l’Intelligence Economique : Luc Quoniam

Entretien avec l’un des pionniers de l’Intelligence Economique : Luc Quoniam

Article d’Antoine Henry sur http://www.cellie.fr/

Un acteur influent en Intelligence Economique

Luc Quoniam participe activement à modeler la pensée de l’Intelligence Économique en France, du fait de sa longue expérience dans ce domaine, des doctorants qu’il a accompagnés (plus de 40) ainsi que de ses étudiants en Master qu’il forme à l’Université Sud Toulon Var.

Mais son influence ne se limite pas à notre pays : il est aussi fortement lié avec le Portugal où il a enseigné à l’Université Fernando Pessoa (2007 – 2010). En 2009, il y a créé le premier Master en IE du Portugal avec l’habilitation du Ministère de l’Enseignement supérieur Portugais. Et avec Brésil où il a été détaché au Ministère des Affaires Etrangères à Sao Paulo (2000 – 2004) puis en tant que professeur invité à l’Université de Sao Paulo (2005 – 2007).

Il concentre ses recherches sur l’intelligence compétitive, l’innovation, la créativité, la gestion des connaissances, l’adaptation au changement. Il met également l’accent sur les brevets.

C’est au cours de ses études en Information et Communication qu’il va s’engager vers l’Intelligence Économique. En effet, ayant pu appliquer à lui-même les méthodes de l’IE, il s’est orienté vers ce domaine au moment de sa thèse. Il est par la suite devenu enseignant-chercheur et a pu travailler sur les différentes thématiques du domaine.

« La crise actuelle ne se réglera pas avec du financier, mais par l’innovation »

Luc Quoniam se concentre aujourd’hui plus particulièrement sur le brevet et l’innovation qui sont pour lui fondamentaux. Il va même plus loin en affirmant que la crise : « Ne se réglera pas strictement avec du financier, mais en recourant également massivement à la R&D, à l’Innovation ».

L’innovation est très importante pour développer la compétitivité hors prix puisqu’elle est un levier de la croissance économique.

Pour lui, de manière générale, on n’utilise pas assez l’information brevet en France (2), ce qui pénalise les entreprises françaises dans la compétition grâce aux informations stratégiques contenue dedans. Le brevet permet le développement des entreprises, mais aussi des États.

Cela traduit un manque de culture entrepreneuriale et de volonté politique contrairement à des pays en pleine expansion comme l’Inde ou le Brésil, où les politiques concentrent leurs efforts sur cette thématique. En France, nous nous concentrons trop sur des aspects comme la sécurité de l’information ou le lobbying et pas assez sur l’innovation. Il est important de changer de paradigme.

Pour travailler sur les brevets, Luc Quoniam utilise des outils gratuits et/ou libres de droits et non pas des solutions propriétaires. En effet, il ne veut pas dépendre de la manière de pensée imposée par l’outil, mais souhaite découvrir de nouveaux logiciels et ainsi élargir ses horizons. Et favoriser la pénétration de l’I.E. en supprimant le côté mercantile de l’approche.

L’avenir des formations en IE en France

Il existe pour lui un véritable problème au sein des formations en IE. En effet, les nombreuses, voir trop nombreuses formations, sont le plus souvent en inadéquation totale avec une réalité concrète.

Les personnes sortent alors avec une formation qui ne les prépare pas à affronter le monde de l’entreprise et elles risquent de véhiculer une mauvaise image de l’Intelligence Économique. On reste encore trop dans une approche de l’esprit et pas assez dans l’action concrète sur le terrain et notamment dans le domaine de l’innovation.

Cette inadéquation entre le terrain et la formation des étudiants en Intelligence Économique pose de nombreux problèmes. Luc Quoniam a une vision pessimiste de l’IE à long terme en France alors que les pays émergents ou le Brésil offrent de nombreuses opportunités. Les étudiants actuels seront les acteurs de ce secteur dans une dizaine d’années, mais leurs actions vont être largement influencées par leur formation et l’école de pensée à laquelle ils ont été soumis.

Il est donc très important d‘inventer de nouveaux modèles, d’autres manières de penser pour agir différemment et ainsi créer de nouvelles conditions pour réussir.

Antoine Henry

20 février 2013 at 17:03